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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 05:45

Bateau Rare (II)

 

Tu étais donc sous la nuit

Ayant vu courir tant d'années;

Si tu vivais seul dans l'ennui,

Par ton crime tu t'en es damné.

 

Déjà une vieille coque,

Tu avais umprunté un faux nom;

Venu d'une autre époque

Il fallait t'appeler démon.

 

Tu avais vécu cent ans

Comme un vieux vampire;

S’il s'alimente de tout sang,

Tu t'en nourris de saphirs.

 

Notre ciel s'en voit moins azuré,

Notre mer moins son miroir;

Qu'as-tu pris ce trésor si pur

Pour l'emporter dans le noir?

 

Spectre en bois et ténébreux bateau

Qui fut un jour touffu un arbre,

Tu ne seras jamais au fond de l'eau,

Vieux ton bois, ni sanctuaire ni marbre!

Tu seras, et triste, un souvenir

Qui nous revient un autre forfait;

Vers toi tu les as laissé venir

En leur faignant amour et paix.

 

Et déjà au seuil de cet oubli

Par l'usure de ton ridé corps,

Pour n'entrer seul dans la nuit

Tu les as caché  la mort.

 

Tu avais vu de temps glorieux

Et le trouble de dures guerres

Dont les douleurs et les cris affreux

Sont encore blessures amères.

 

Ne te restant que peu d'heures,

Vu ta figure délabrée,

Avant de partir vers le malheur

Tu t'acharnes à l'espoir aimé.

 

Alors que la paix pousse au monde,

Autrement tu as agi,

Au lieu de laisser féconde

Et pleine de joie, leur vie.

 

Des tendres fleurs toujours boutons,

Soyeuses et belles, mais grises,

Sans racines déjà au fond

Obscure de la mer gisent!

 

Combien tu avais par dévouement

Rempli comme bateau ta besogne,

Mais pour arracher nos enfants

Dans la nuit tu as caché ta rogne.

 

Tu n'avais pas de l'énergie

Que pour te promener dans le port 

En leur faignant idôlatrie,

Hélas, tu les as apporté  la mort.

 

Tu avais beau garder bonne tenue,

Tu boitais déjà sur les ondes

Où, aux aguets dans la nuit, sans but,

Tu cachais tes mâts immondes.

 

Jadis, ton bois fin et précieux,

Quand tu traînais de gros navires,

Tu avais oublié que sous les cieux

On naît pour se mettre à vieillir.

 

Tu avais été un grand chêne

Dans l'immense désert d'eau;

On t'avait rendu navire de traîne

Et par là, dauphin de port,  oh! 

 

Défenseur assidu de l'ombre

Et saint abri des oiseaux,

Quand  pointait ta pénombre,

Te rendait un plus aimé bateau.

 

Des tendres fleurs encor boutons,

Des Œillets, des Iris, des Roses,

Des Jasmins immobiles au fond

Obscur de la mer reposent.

 

 

Angel R. Almagro

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