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Bateau rare (III)

 

 

Tout triste et vieux cercueil

Qui étais autrefois navire,

Tu as laissé un people en deuil,

Dont le cœur est plongé dans l'ire.

Ténébreux comme un fantôme,

Vers la pénombre, tu as fui

En embaumant de candide arôme

Ta carcasse oubliée et pourrie.

 

En trompant l'itinéraire

Qui mène vers le jour naissant;

Tu as abouti au fond de la mer,

Pleines tes entrailles d'enfants.

 

C'en est plus méprisé ton bois

Qu'un jour quelqu'un aimait;

C'en est  un monument sans Croix

Où des anges dorment sans paix.

 

La Terre qui les avais vus

Naître comme au printemps des fleurs,

Par ce précieux trésor perdu,

Combien elle crie de douleur!

 

Et de l'aube arrive l'aurore,

Mais alors, hélas! sans matin, 

Au fond de la mer gisant encore

Des boutons des fleurs sans parfum.

 

Tu as dérobé leur fragrance

Entraînés ainsi vers l'adieu,

En noyant notre espérance

Tu nous as arraché les yeux.

 

Ô, Dieu du Ciel, et de tous, accorde,

Par pitié, aux fleurs qui sans parfum

Au fond du trône du silence gisent,

Et dont les pétales, sous la brise,

Heureux dansaient dans nos jardins,

Paix, amour et miséricorde.

 

Et toi, triste et vieux cercueil,

Autrefois puissant navire,

Tu as laissé un peuple en deuil,

Mais le cœur en est plein d'ire.

 

Or, l'auteur de tout est sévère

Quand on dépasse la félonie!

Ne pleure plus triste mer:

Parfum éclora de t'agonie!  

Combien le ciel s'assombrit

Par tant de haine et de furie,

Bateau fantôme, bateau rare!

As-tu mesuré le cauchemar

Tragique qui fend nos têtes

Et la douleur des âmes défaites

Par le féroce et long chagrin

De sentir dissiper leur parfum?

 

Qu'as-tu ignoré, barque étrange,

Combien unit un sourire d'ange! 

 

Tu avais beau tenir bonne allure,

Déjà sur les ondes tu boitais

Et en béguille, dans la nuit obscure,

Ton bois immonde se cachait.

 

Barque puante et pourrie,

En te déguisant en neuve,

Tu as trompé nos petits

Et un déluge de larmes

A semé ta félonie.

 

D'un robuste joli chêne,

Ou d'un puissant et haut pin,

Tu es né bateau de traîne,

De port de mer, brave dauphin.

 

Tendres fleurs toujours boutons,

Vivant livides en un autre lieu,

Roses, Bégonias, Astors et Lys,

Jasmins ou Orchidées qui au fond

Obscure de la mer pâlissent,

Votre parfum demeure en Dieu!

 

 

Angel R. Almagro

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